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la loi Hadopi qu’on attend

Nous ne pouvions pas laisser ce blog sans donner notre opinion sur la loi en discussion ce jour même au parlement français. Intitulée Création et Internet, elle portera vite le nom d’Hadopi, du nom de la commission qu’elle entend instituer pour envoyer des emails d’avertissement aux internautes téléchargeurs, avant de suspendre leur connexion internet. A moins que cette sanction ne soit transformée par quelque amendement en une traditionnelle amende.

Alors que la blogosphère se déchaine déjà à coup d’écran noir (un flop ?) contre cette loi et ses conséquences liberticides, nous disons aujourd’hui : c’est cette loi dont ont besoin les Artistes autoproduits et les Labels indépendants que nous connaissons bien, ceux qui utilisent Yozik et que nous représentons.

A ce sujet vous qui ne voyez pas la richesse et la diversité des musiques qui passent par nos serveurs (sécurisés), nous vous donnons rendez-vous après l’été pour découvrir un portail de découverte musicale, qui utilisera les outils que nous apportons aujourd’hui aux Artistes et aux Labels.

Nous aussi nous avons été fasciné par les possibilités qu’offraient internet pour faciliter l’accès à la musique et faire connaître les musiques que nous soutenons en tant que petit label indépendant (voir Yotanka). C’était il y a dix ans et le mp3 venait tout juste de commencer à révolutionner le monde de la musique.

Internet c’est vrai a donné aux Artistes en marge de l’industrie musicale, autoproduits ou par les labels indépendants, de nouvelles possibilités de diffusion et d’atteindre un public plus large, voire global.

Seulement 10 ans plus tard, il ne nous reste plus d’illusions sur l’impact de cette révolution sur notre économie. Globalement sur le marché français, les ventes de musique (CD et numérique) ont baissé de moitié. Bon an mal an, le numérique ne compense que 10% des baisses de vente de CD, qui elles même baissent de 10% par an. Dans cinq ans, après 10 ans de ce régime, il ne restera que 10% du revenu initial.

Est-ce un mal ? Pas forcément si cela redistribue les cartes de l’industrie musicale. C’est d’ailleurs une motivation forte des usagers du peer to peer, celle qu’on retrouve sur tous les blogs consacrés à la musique sur internet : mettre fin au monopole des majors sur le paysage musical (il est vrai qu’elles avaient brassé pas mal d’argent ces trente dernières années).

Les majors ont donc souffert, SONY et BMG ont fusionnés si bien qu’il n’en reste que 2.

Mais entre-temps de nombreux labels indépendants ont également disparu du paysage, et finalement, la diversité de ce qu’on entend à la radio, les télés et sur internet ne semble pas plus grande.

De notre côté, nous essayons depuis toujours de proposer une offre intéressante, bien que payante : mp3, wav, pochettes et livrets en flash, merchandising, prix inférieur… Yozik est né de cette volonté d’apporter aux internautes ce qu’ils voulaient : écouter (en intégralité s’il vous plait, merci les extraits de 30 secondes) et télécharger directement sur le site des artistes.

En même temps, développer une offre légale nous impose de rémunérer les ayants droit, la SACEM et les Auteurs/Compositeurs étant le premier d’entre eux : 7 cents par titre téléchargé (même gratuit), 0,005 cent par titre écouté au delà de 30 secondes d’extrait.

Notre aventure nous met aujourd’hui en situation de faire un constat alarmant : les artistes autoproduits et les labels indépendants que sont nos clients ne peuvent absolument pas espérer vivre de leur talent sans vendre plus de musique sur internet. Nous savons qu’ils ne vivront pas non plus de leurs spectacles, malgré le système d’assurance chômage avantageux dont ils bénéficient. Les scènes ne sont pas extensibles, et le public du spectacle vivant encore moins. C’est ce que disent nos amis tourneurs de la concurrence pour vendre leurs spectacle.

Ce serait nous faire une mauvaise publicité que de citer nos clients qui ont disparu cette dernière année, malgré des ventes de merchandising sur leurs sites tout à fait honorables, faute des recettes qu’on peut raisonnablement attendre de l’utilisation de la musique sur internet et les mobiles.

Pourquoi est-il raisonnable d’attendre des revenus de la musique sur internet ? et pourquoi des revenus proportionnels à l’usage qui est fait de la musique, plutôt que forfaitaires issus d’une taxe sur les FAI (Fournisseurs d’Accès à l’Internet).

D’abord parce que ce devrait être notre liberté de créateurs que de décider où et quand notre musique peut être gratuite. Je cite à nouveau Jamendo pour ceux qui voudraient ainsi tout donner à leur public. C’est bien.

C’est d’ailleurs un fondement de notre civilisation que je citais dans un précédent post sur l’article 27 des droits de l’homme.

Mais la musique pour rester créative, pour rester moderne et pour accompagner notre époque, ne peut pas se passer d’un minimum de professionnalisme. Ce que nous risquons sérieusement dans 5 ans si nous n’arrêtons pas le mouvement vers la gratuité sur internet, c’est de regretter l’époque où la musique était créative, se renouvelait, pendant qu’on écoutera toujours les mêmes goldies (ces titres que tout le monde aime) sur nos ondes. Il est entendu que la musique est à la portée de chacun (je ne parle par de Guitar Héro !) et que les pratiques amateur vont se développer, mais ce qu’on pourra écouter et aimer dans le futur, ce sont des talents qui ont besoin d’être décelés, accompagnés et soutenus pour franchir la barrière du public.

Je ne parle ici que de musique, le problème touchant déjà les autres secteurs culturels comme le cinéma et la presse, et bientôt le livre.

La bonne presse économique chiffrait cette semaine à 70 Millions d’Euros le coût pour les FAI de la mise en place du filtrage des accès, principalement pour permettre à un abonné de conserver son téléphone la télé sur sa box tout en étant coupé d’internet. En matière de répartition de la valeur, il est tant que les FAI nous reverse, à ceux qui produisent le contenu qui s’échange par leurs tuyaux et constitue une grande partie de l’intérêt de leur service, une partie de la valeur qu’ils ont capté. Il est temps qu’ils ouvrent leurs serveurs et réseaux aux sociétés de gestion collective pour contrôler et identifier les internautes qui téléchargent abusivement.

Cela ne marchera pas, car techniquement impossible, disent les avocats du peer to peer. Ils ont raison qu’il y aura toujours des geeks assez malins pour contourner le contrôles et garder leur anonymat. Or aujourd’hui tous les jeunes connaissent emule et bittorrent, même s’ils ne l’utilisent pas. L’ambition de cette loi est de rendre le téléchargement illégal un peu plus compliqué, en identifiant ses usages les plus simples, pour faire comprendre qu’il n’est tout simplement pas autorisé, et contrôlé. Comme dans toutes les obligations, celle-ci sera contournée par un petit nombre, et on aura gagné la bataille de la création sur Internet quand une majorité aura accepté qu’il faut payer pour télécharger la musique.

Quand aux conséquences liberticides de la loi, on pourra discuter de leur ampleur, comme le relativise Maître Eolas. Il est néanmoins évident que cette loi va limiter la liberté actuelle quasi absolue des internautes sur le web. Comment peut-il en être autrement ? A mesure qu’Internet prend de l’importance dans nos vies, nous sert pour nous divertir mais aussi dans la plupart de nos relations et formalités sociales, de plus en plus pour consommer, pour payer nos impots et bientôt pour voter, cet espace de vie commune ne peut pas rester sans loi, en dehors de toutes normes que la société instaure au nom de la civilisation ?

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2 Responses to “la loi Hadopi qu’on attend”

  1. Velten says:

    Tout à fait d’accord avec cette loi, il est temps de normaliser le canal Internet. tout et n’importe quoi parfois.
    Les créateurs et labels indépendants souffrent trop.
    Gillou de Djado.

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  2. Mousse says:

    Cher Earlslicker
    Je crois que non, tous les internautes n’iront pas vers le P2P crypté, d’abord parce que ce n’est pas si simple que ça. Ensuite parce que quand on aime, on peut avoir envie de participer, et de payer pour ce qu’on écoute.
    C’est vrai que la gratuité est inscrite dans les gènes d’Internet, qui a permis à un nouveau type de coopération de se développer, principalement autour du logiciel libre et open source. C’est une sacré révolution dont nous profitons tous les jours puisque nos principaux outils en font partie : php, linux, red5, open office …
    Il faut quand même remarquer que l’open source se développe toujours à l’ombre des grosses machines économiques : Red5 n’existerait pas sans le Serveur Flash, Open Office sans Microsoft Office.
    Internet est déjà et va de plus en plus devenir payant, pour mieux différencier les offres de qualité du gratuit, c’est aussi vrai pour la musique avec d’un côté du streaming financé par la publicité et de l’autre le téléchargement payant, nettement plus confortable d’utilisation (et de meilleure qualité).
    Quand aux outils pour “grabber”, connais-tu celui qui permet de pirater le streaming progressif de Yozik ?

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